Cette histoire tordue à souhait fonctionne à merveille parce que les personnages, fouillés et complexes, ne sont jamais caricaturaux. Touchante, Audrun, la vieille fille, souffre d'un mal ancien et de la proximité de son frère Aramon, alcoolique et pervers.
Ce dernier s'est mis en tête de faire beaucoup d'argent en se débarrassant du mas familial quitte à mettre dehors sa sœur, qui vit dans une bicoque sur le même terrain. Agaçant mais touchant aussi, Anthony Verey, antiquaire londonien dont les affaires subissent de plein fouet la crise. Refusant toute forme de déclin, cet esthète rêve d'un possible nouveau départ, ailleurs, en France, tout en sachant qu'il est peut-être déjà trop tard.
Pour l'aider à rebondir, il peut compter sur Veronica, sa grande sœur, paysagiste qui prépare un ouvrage sur l'arrosage des jardins dans le sud de la France. Elle partage sa vie avec Kitty, une femme sans grâce ni talent, qui redoute toute intrusion dans leur couple.
Rose Tremain précipite ces êtres fragiles les uns contre les autres comme on frotte deux pierres pour faire des étincelles. Pas par sadisme mais pour en tirer des émotions nouvelles. Si les vieilles demeures ont des failles, semble-t-elle dire, les hommes ont des fêlures. Le temps qui passe, la solitude les terrifie. Et le souvenir de leurs morts les hante.
En 1983, la revue Granta avait désigné les meilleurs romanciers anglais du moment:parmi eux, Ian McEwan, Martin Amis, William Boyd et une certaine Rose Tremain. Vingt-sept ans plus tard, l'auteur du Don du roi (dont elle prépare la suite) est toujours là, au sommet.