Certains thérapeutes psy pourraient être tentés, sous couvert de neutralité bienveillante, d'y avoir recours pour permettre, inconsciemment, le détournement d'affects qu'ils ne sauraient assumer. Citons pour exemple le silence pratiqué comme stratégie au cours de la cure. Le thérapeute attend coi (qu'attend-il ?), est en retrait presque absent. Je vous écoute..., oui... !
Mais un analyste, digne de ce nom, reste vigilant. Lorsqu'il s'engage il est pourtant toujours à sa place car son propos s'inscrit dans un principe de réalité. On ne peut aider l'autre à franchir cette épreuve que lorsqu'on en a soi-même intégré les fondements et qu'on assure une présence effective pendant la séance. Le travail d'interprétation s'adresse à l'inconscient et ne représente rien qui s'apparenterait à une politique de l'autruche.
Ce n'est évidemment pas non plus une réponse explicite au besoin de l'analysant qui peut, lui, avoir l'impression que l'analyste n'a rien vu, ni même rien entendu. Dans ce cas, cela est son affaire et ne remet nullement en cause la pratique du thérapeute. Bien au contraire, c'est ainsi tout le jeu du transfert qui se met en place. En cours de séance, l'important est souvent accessoire, anodin, anecdotique, se trouve dans ce qui n'est pas dit ou dans ce qu'on a cru taire mais cela s'entend toujours au moment de l'interprétation, le mot qui ment est alors révélé. Bien entendu, c'est lorsqu'on emprunte le discours du maître qu'on ne dit plus rien de l'être. L'analyste n'est en rien concerné par cette parole là.
Les phrases vides de sens (celles de certains hommes politiques, par exemple) sont une autre version de la langue de bois ou l'art du comment taire en disant. Les affects liés à l'instant qui vient de s'écouler n'y sont pas (commentaire en dix ans) et le non-dit devient permanent. L'autruche, qui a la réputation de tout avaler, n'est certainement pas celle qu'on croit. Elle est à l'image de notre fantasme...